" Les vêtements sont faits pour être portés. Un vêtement n'est achevé qu'une fois qu'il est porté par un être de chair et d'os, qui vit l'instant avec intensité, qui aime, qui souffre, alors le vêtement remplit sa fonction originelle.
Et le créateur lui-même, à quoi ressemble sa vie au moment où il conçoit un vêtement ? Le résultat sera le reflet fidèle de son état d'esprit.
Parfois, le créateur est pareil à un piano remarquablement accordé, et les lignes qu'il a tracées de toute son âme sur un morceau de papier se dressent dans l'espace, se matérialisent dans le poids d'un tissu, s'incarnent et finissent par vivre de leur vie propre. Il leur arrive même de se mettre à chanter. Oui, les vêtements chantent, ils chantent l'aventure vécue la nuit précédente ou le soleil matinal jouant dans le feuillage d'un arbre.
Le vêtement ne tarde pas à échapper à son créateur. Vient le temps où il accomplit sa rencontre avec le corps d'un total étranger. Mais celui qui le porte connaît-il le chant que recèle l'âme de ce vêtement ? Peu importe après tout. L'intention du créateur est chose négligeable en comparaison du plaisir qui envahit doucement, au contact du tissu, l'inconnue qui le porte."
Yohji Yamamoto, "My dear bomb".
Edition Ludion, pages 68-69.
" Ces derniers temps, je sens tourner et retourner dans ma pensée le sentiment paradoxal d'avoir déjà dit tout ce que je voulais dire et d'avoir encore dix mille choses à exprimer. Quand je regarde la scène actuelle de la mode dans le monde, j'ai souvent l'impression que mon tour est déjà passé et ça me donne envie de me retirer.
Mais quand je regarde en arrière, finalement, les plus beaux moments que j'ai eus sont ceux où j'ai créé des vêtements, ces moments d'intense surexcitation, où tous mes nerfs sont tendus en prévision des collections. C'est une énergie vraiment agréable. Et une fois que c'est terminé, brusquement, je me sens mal, ma santé subit le contrecoup du manque.
Ce cycle se répète sans cesse, mais hélas, la pensée que c'est peut-être la dernière fois que je peux travailler avec autant d'énergie revient de plus en plus souvent. J'ai pris la résolution de continuer tant que je pourrais, en me moquant éperdument qu'on puisse dire à chaque fois que c'est l'ultime collection de Yohji Yamamoto".
Yohji Yamamoto, "My dear bomb".
Edition Ludion, pages 100-101.
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Robe Alice.
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6 commentaires:
Oh mon Dieu , ce texte !!!
Tu avais raison, on dirait que c'est moi qui parle (en toute modestie!)
Merci d'avoir associé ce texte à mon travail.
Et grâce à tes photos, à cette ambiance inimitable par laquelle tu sais me retourner le cœur, c'est plus forte que je vais, une fois encore, poursuivre ma quête. ;o)
tu ne pouvais pas trouver mieux comme texte....pour rendre hommage au travail d'Alexandra!! ce texte ...et ces photos....c'est ...hummmmmm! j'ajouterai juste que le vêtement est surtout fait pour échapper à son créateur...si ce n'est pas le cas... il n'a pas lieu d'être!
et j'adore cette série de photos!!!
J'adore aussi cette série !...Surtout la 1ère et la dernière qui sont magnifiques...
“...et les lignes qu'il a tracées de toute son âme sur un morceau de papier se dressent dans l'espace, se matérialisent dans le poids d'un tissue...” What a beautiful sentiment. I love the photos of your little girl at that Tailor shop; especially the last one where she is looking in thru the window. Absolutely charming.
These are breathtakingly lovely images ♥
Mais quel rêve, ce décor, et ta puce! J'aimerai avoir une petite fille pour l'habiller de telles merveilles!
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